Délit d'entrave : la nouvelle rengaine pro IVG

 Les réactions en série, provoquées par la récente campagne d'affichage anti IVG à Paris, agitent l'épouvantail du "délit d'entrave". Ce nouvel argument massue, broyeur de consciences et de libre expression, devient comme prévu le leitmotiv des pro-avortement, quitte à l'utiliser à tort et à travers…

Après avoir brandi des années durant le droit à disposer de son corps, les promoteurs de l'IVG sont donc juchés sur leur nouveau cheval de bataille : la protection des femmes contre le délit d'entrave. L'aube du 23 juin dernier a éclairé cette évidence, après une nuit de collage sur les abribus parisiens, à mettre à l'actif de militants pro-vie. Dans la nuit du 22 au 23 juin, des affiches de la campagne numérique "Firts Selfie", initiée par l'association Les Survivants, ont été placardées sur des abribus parisiens de la société JC Decaux. Ces visuels, qui encouragent au respect de la vie et dénoncent la banalisation de l'avortement, ont fait immédiatement réagir sur Tweeter. Hélène Bidart, adjointe au Maire de Paris, déléguée à l'égalité femmes/hommes, à la lutte contre les discriminations et aux droits humains, a demandé "l'intervention immédiate de l'Etat pour suspendre cette campagne d'entrave". Marlène Schiappa, Secrétaire d'Etat aux droits des femmes, lui a emboité le pas, rappelant l'illégalité de toute entrave à l'IVG. Le délit d'entrave à toutes les sauces…

Ces réactions précipitées sont révélatrices d'un usage abusif de la notion de "délit d'entrave", néanmoins utilisée à dessein, pour servir de repoussoir et consolider la barrière sanitaire érigée entre les associations pro-vie et la population. Elles perdent néanmoins toute consistance, au regard de la seule décision 2017-747 du Conseil Constitutionnel : "La seule diffusion d'informations à destination d'un public indéterminé sur tout support (…) ne saurait être regardée comme constitutive de pressions, menaces ou actes d'intimidation (…)." Pour Cécile Edel, présidente de l'association Choisir la Vie : "Il apparaît clairement que les politiques vont chercher l'intimidation en conjuguant l'entrave à tous les modes, quitte à laisser penser qu'ils ne comprennent pas exactement quelles réalités recouvrent cette notion". Les ressorts utilisés par la classe politique pour remporter la bataille médiatique deviennent de plus en plus grossiers, à tel point que les médias eux-mêmes gardent parfois leur distance…

Affichage illégal sur un support de communication privé

Marqueur de cet emploi abusif des mots "délit d'entrave", la majorité des articles d'actualité publiés sur le Web n'ont pas repris ces deux tweets, mais privilégié comme angle l'utilisation illégale d'un support de communication privé, qui a d'ailleurs débouché sur le dépôt d'une plainte par JC Decaux. Le responsable des Survivants a précisé quant à lui que la campagne d'affichage nocturne était une initiative de jeunes militants, pour laquelle il n'a pas donné son accord. De son côté, l'association Choisir la Vie, par la voix de sa présidente, déplore une approche unilatérale du souci de la légalité, encore récemment bafouée par le planning familial, qui, à titre d'exemple, lève des fonds en toute impunité pour financer à l'étranger l'accès à des avortements hors délais. Concernant la campagne d'affichage nocturne, Cécile Edel pose néanmoins la question de l'illégalité du support, qui peut brouiller la pertinence du message.

Une campagne contre l'entrave à la vie.

L'immédiateté de la réaction politique contre la campagne First Selfie et les jugements à l'emporte-pièce qui la caractérisent semble relever d'une auto-défense réflexe. Attaquées sur leur propre terrain par ces visuels audacieux, qui dénoncent une "entrave à la vie", les élites rabâchent leurs fondamentaux. Des arguments qui ne tiennent pas devant le constat établi par les associations (comme Choisir la Vie, par le biais de son antenne d'écoute) en première ligne sur le terrain. Au quotidien, dans les cadres familial, médical et social, c'est bien le droit à la vie qui est entravé, par de nombreuses pressions extérieures et, par-dessus tout, par l'absence de solutions alternatives propices à l'accueil de l'enfant, que nombre de femmes en détresse appellent de leurs vœux.

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