L’embryon n’est pas une dent de sagesse!

Un texte très pertinent de M-V Barthelemy sur le remboursement à 100% de l'avortement et les conséquences de ce remboursement, qui amèneront peut-être certaines femmes en détresse financière à avorter car cela leur coûtera moins cher que de porter leur bébé à terme.

Extraits : "Entré en vigueur le 1er avril, le remboursement à 100% des frais liés à l’IVG banalise l’avortement. C’est un acte grave car l’embryon n’est pas une chose.[...]

Dans son communiqué du 28 septembre dernier, le planning familial entérinait ainsi un intéressant changement de paradigme en décrivant l’avortement comme un « événement de la vie sexuelle des femmes, au même titre que la contraception (…) ». De figure d’exception, la dépénalisation de l’IVG en 1975 s’est muée en un droit subjectif, celui d’avoir une vie sexuelle sans encombre, aux frais du contribuable.[...] À suivre le raisonnement du décret, une femme ne pourrait décider vraiment de poursuivre une grossesse que s’il lui est très facile de l’interrompre.

Au diable l’avarice et les avaricieux, tout ceci n’est qu’une question de fric, et nos grandes prêtresses de la liberté ne rougissent pas devant une conception bien matérialiste de celle-ci. Toute femme avorte au moins une fois dans sa vie, nous assènent-elles ; cela semble suffire à faire de l’IVG un totem devant lequel on s’incline sans mot dire, gage absolu de votre engagement pour la libération de la femme.

Toute opposition est donc marquée du sceau de l’infamie, toute question est outrageante, tout obstacle est anhistorique. Le progrès n’a ainsi le sens que celui que ses interprètes légitimes lui donnent. Bien loin d’eux l’idée de proposer le remboursement intégral des frais médicaux des premiers mois de grossesse, proposition qui pourrait offrir un peu de substance à la revendication « pro-choix » en permettant l’alternative à l’IVG. Mais non. C’est trop réactionnaire, c’est nataliste. Le fait qu’une femme puisse être mise demain dans la situation d’avorter parce que cela lui coûtera moins cher que de poursuivre sa grossesse n’est ici pas envisagé : seule la liberté compte, pas les conditions dans lesquelles celle-ci s’exprime. Avorte et dis merci.

Ni détresse ni délai de réflexion Les suppressions du délai de réflexion1 et de la notion de détresse2 nous avaient déjà habituées à l’idée que l’IVG n’était finalement qu’un acte chirurgical assez banal, passage obligé pour toute femme, quand il n’acquiert pas comme la première plaquette de pilule prescrite, le statut d’un rite initiatique. Il n’y avait donc pas de quoi fouetter un chat, qu’aucune question éthique ne devait être posée, au risque de « culpabiliser » les femmes.[...]

Se faire retirer l’embryon étant aujourd’hui mieux pris en charge que se faire arracher une dent, que faut-il en déduire pour le statut dudit embryon ? Aujourd’hui à la fois digne de respect et human non perso, protégé du clonage en tant que membre de l’espèce humaine, amas de cellule ou être en devenir, il reste le grand oublié des débats.

Nul doute que la formalisation de son insignifiance, par la suppression de toute réflexion morale légitime sur l’IVG, lui dessine le statut bâtard d’une chose, dont la valeur ne dépend que du désir de ses géniteurs. Parce qu’il est défini exclusivement à partir du projet parental, comparé à une vulgaire verrue s’il n’a pas été planifié comme l’achat d’une maison ou objet d’hystérie procréatrice lorsqu’il n’arrive pas quand, enfin, on l’a désiré, son traitement dans le débat sur les modifications de la loi Veil apparaît comme un signe des temps : celui de l’inscription des valeurs consuméristes dans la sphère de l’intime.

Avant la prochaine étape – la remise en cause de l’objection de conscience pour le personnel médical, pas de liberté pour les ennemis de la liberté -, nous voilà donc réduits à grincer des dents, celles là même qui, gâtées, n’ont pas l’heur de symboliser assez notre liberté pour qu’on nous les retire gratuitement.

Mais puisque l’essentiel n’est pas là…

Rassurez vous, mesdames : vous serez peut être des sans-dents, mais au moins, vous n’aurez pas d’enfants."

 

Tags: