Marche pour la vie : 21 janvier: entretien avec Cécile EDEL sur Présent

Pourquoi il est important de marcher pour la Vie le 21 janvier prochain?

Publié le 8 janvier 2018 par Marie de lIsle  (Journal PRESENT)

Dimanche 21 janvier aura lieu la treizième édition de la Marche pour la Vie, une manifestation annuelle qui se tient à Paris depuis 2005. L’an dernier, elle avait rassemblé 50 000 personnes mobilisées contre l’avortement.  Entretien avec Cécile Edel, mère de cinq enfants, psychologue, présidente de Choisir la Vie et vice-présidente de la Marche pour la Vie.

— Depuis la première édition de la Marche pour la Vie, en 2005, quelles évolutions avez-vous pu observer sur la question de l’avortement en France ?

— Contrairement à d’autres pays, en France l’avortement reste un sujet particulièrement sensible et surtout tabou. Nos gouvernements successifs ont persisté à enfermer ce sujet dans un débat idéologique qui date maintenant des années 60 et de la mouvance féministe de l’époque. La loi de 1975 légalisant l’avortement a été érigée en veau d’or et il est devenu impossible, dans notre pays, d’engager un débat apaisé et objectif sur cet acte. Acte qui devrait pourtant être considéré comme un problème de santé publique et faire l’objet d’un véritable programme de prévention, et non comme un acte hautement symbolique, et donc intouchable, de la libéralisation totale de la femme. Nous avons de plus assisté, ces dernières années, à une véritable obsession du gouvernement et une radicalisation idéologique en faveur de l’avortement, qui n’est pas nouvelle mais qui s’amplifie, au fur et à mesure que la résistance des acteurs pro-vie s’organise. L’illustration la plus significative est bien la revendication et la reconnaissance d’un véritable droit fondamental à l’avortement qui vient transcender l’ensemble des autres droits, parmi lesquels le droit à la vie, pourtant bien présent dans notre législation et dans notre constitution. On est passé de plus, récemment, d’un tabou qui entourait jusque-là ces questions à une offensive gouvernementale qui a pris la forme d’un réel totalitarisme. Totalitarisme qui s’est exprimé à travers les atteintes à la liberté d’expression des défenseurs de la vie. Il est évident que plus ces derniers sont actifs, persévérants, déterminés et résistants, plus ils gênent ceux qui non seulement considèrent l’avortement comme l’eldorado pour la femme, mais aussi et surtout revendiquent la sacro-sainte liberté d’expression et d’opinion, à condition que cette opinion soit la même que la leur ! Avec l’extension du délit d’entrave, l’an dernier, notre dernier gouvernement a donc tout simplement décidé de réduire au silence ceux qui ne pensaient pas comme lui. Heureusement, depuis 2005, nous avons vu également une nouvelle génération, totalement décomplexée sur ce sujet, se lever pour dénoncer cet acte et proclamer sans crainte la valeur de toute vie humaine. Depuis 2005, le nombre croissant, chaque année, de manifestants et de jeunes à la marche pour la Vie, montre combien la flamme du respect de la vie reste allumée et nous invite à l’espérance.

Le thème de cette année est « l’ombre et la lumière ». Pour quelle raison ?

— Ce thème, par son caractère symbolique, juridique et politique, nous a semblé être tout à fait approprié pour aborder la notion de respect de la vie. Si on regarde bien, la naissance d’un enfant se prépare naturellement dans l’obscurité du corps de sa mère. L’enfant a besoin de cette nuit pour grandir et se préparer à naître au monde. Les techniques de procréation médicalement assistées, au contraire, ne font que projeter l’enfant à la lumière de façon totalement prématurée : produit en éprouvette dans un laboratoire, celui-ci est à la totale disposition de l’adulte qui le produit et peut librement le trier, le sélectionner, le congeler, le détruire ou le livrer à la recherche scientifique. La conception elle-même ne se fait plus dans le silence et l’obscurité du corps, qui accueille et protège, mais sous les néons des laboratoires et les mains d’un biologiste qui manipule. D’un point de vue politique et juridique, nous revendiquons le droit pour tous les enfants conçus d’ouvrir les yeux sur la lumière du jour. Nous voulons que soit mise en place une législation qui protège l’enfant à naître, et non qui encourage son élimination, et qui accompagne les parents en difficulté. Lorsque, concrètement, nous écoutons des femmes enceintes placées en situation de détresse, qui hésitent à avorter, nous pouvons véritablement sentir combien, face à ce choix de vie ou de mort de leur enfant, celles-ci plongent au cœur des ténèbres et ne se sentent soulagées que lorsqu’elles ont pris la décision d’accueillir cette vie. La souffrance disparaît alors pour laisser place à la lumière. La lumière est indubitablement du côté de la vie. — D’année en année, vous réunissez de plus en plus de manifestants et avez élargi le combat à la question de l’euthanasie. Qu’en déduire sur la place des questions bioéthiques en France ?

— La Marche pour la Vie fut fondée pour défendre le respect de toute vie humaine de sa conception à sa fin naturelle. Jusqu’à récemment encore, il est vrai que le sujet de l’euthanasie était peu mis en avant, parce que celui-ci n’était pas d’actualité. Lors de la Marche pour la Vie de janvier 2015, cette problématique fut toutefois très présente en raison d’une menace très vive d’acte d’euthanasie sur la personne de Vincent Lambert (toujours réelle aujourd’hui). Depuis le vote de la loi Claeys-Leonetti, le sujet fait vraiment débat. Ces jours-ci, la situation de la jeune Inès place de nouveau le sujet à la une des médias. Il faut donc en parler ouvertement et manifester notre opposition à cette nouvelle transgression. Les questions bioéthiques ont une place primordiale en France aujourd’hui, et particulièrement cette année, avec la prochaine révision de la loi de bioéthique dont les états généraux débutent le 18 janvier. Les questions de PMA pour toutes, avec également une menace de « fabrication » d’embryon à 3 ADN, vont être discutées, ainsi que l’euthanasie sous des formules plus « souples » telles que l’AMM (aide médicale à mourir) ou l’AMS (aide médicalisée au suicide). Tous ces sujets sont majeurs, car ils touchent intrinsèquement la vie et la dignité humaine mais pas seulement : ils ont des conséquences sociales, sociétales, démographiques, économiques extrêmement graves, dont on voit les portées dramatiques, entre autres, dans le mal-être de la jeunesse d’aujourd’hui, sans faire le lien. La Marche pour la Vie entend dénoncer toutes ces dérives et transgressions, brandies comme progrès par la société mais en réalité signe d’une régression abyssale de l’humanité. N’oublions jamais ce que disait le professeur Lejeune : « Ne lâchez rien sur la question de la vie, elle est celle qui commande toutes les autres. »

— Que pensez-vous du soutien de Mgr Barbarin à votre manifestation ? Et de la position des évêques de France, en général, sur la thématique de l’avortement ?

— Monseigneur Barbarin, cardinal-archevêque de Lyon, a envoyé son soutien à la Marche pour la Vie en affirmant le respect que mérite la vie des plus petits, dès le sein maternel. La Marche pour la Vie se réjouit de ce soutien officiel du Primat des Gaules, qui est un message fort envoyé aux évêques de France ainsi qu’à tous les catholiques encore hésitants sur l’utilité d’une manifestation qui semble, à vue humaine, défendre une cause perdue. Malheureusement, les évêques de France sont souvent encore frileux pour s’engager dans la défense de la vie contre l’avortement, ce qui, pour les représentants de la religion de l’Incarnation, est un paradoxe dont on ne peut manquer de s’étonner.

— Le planning familial américain a été visé par une enquête du Département de la Justice pour trafic d’organes d’enfants avortés, qu’une vidéo tournée en caméra cachée avait rendu visible en 2015. Pensez-vous que de tels agissements puissent être reproduits ailleurs dans le monde ?

— La Marche pour la vie salue cette décision de l’administration américaine et remercie les militants prolife américains qui ont dénoncé cette affaire et dévoilé la face sombre du Planning familial. Cette affaire n’a pas eu malheureusement le retentissement médiatique qu’elle mérite en France. Pourtant le Planning familial français est officiellement lié au Planned Parenthood via l’IPPF (International Planned Parenthood Federation). Ces liens sont très inquiétants et nous restons bien entendu attentifs au manque de déontologie de ces structures, qui prennent souvent leurs distances avec la loi. En tout cas, cette affaire prouve bien que le Planning familial est une institution obscurantiste qui considère l’être humain comme une chose, qui la met sur le marché et qui n’a même pas honte de ses pratiques.

— Aux Etats-Unis, le gouverneur républicain de l’Ohio a signé une loi interdisant les avortements basés sur le diagnostic prénatal de la trisomie 21. « L’Ohio est et continuera d’être un Etat qui voit la vie des personnes atteintes de trisomie 21 comme des vies qui valent la peine d’être vécues, grâce à cette législation. » Comment interprétez-vous cette décision outre-Atlantique ?

— C’est une excellente nouvelle, qui confirme la dynamique pro-vie aux Etats-Unis, y compris au plus haut niveau du pouvoir : Donald Trump vient d’être reconnu personnalité pro-vie de l’année 2017. Nous avons beaucoup à apprendre des Américains ! Cette loi a été rédigée très intelligemment : elle reprend des arguments de non-discrimination et les applique à l’entrée dans la vie. Comment lutter contre les discriminations tout en pratiquant celle qui est la plus injuste : celle qui avorte l’enfant trisomique avant même qu’il ne vienne au monde ? Les médecins qui pratiqueraient de tels avortements eugénistes encourent 18 mois de prison, une amende de 5000 $ et la perte de leur licence médicale. C’est une mesure de salubrité civilisationnelle. Nos amis américains organisent d’ailleurs leur Marche pour la vie (March for Life) à Washington le 19 janvier, soit quelques jours avant la Marche pour la Vie française. Une véritable convergence des luttes pour la vie !

— Des professionnels de santé seront présents le 21 janvier. Quel message spécifique veulent-ils véhiculer ?

— Les professionnels sont peu entendus sur la réalité de l’avortement, et pourtant ils sont directement concernés car ce sont eux qui, concrètement et techniquement, pratiquent les avortements et tous ces actes contre la vie humaine. Beaucoup n’osent pas faire entendre leur voix par peur de représailles professionnelles ou autres. Cependant, ils sont un très grand nombre, toutes professions de santé confondues, à souffrir de la conséquence de ces soins qui, finalement, n’en sont pas. De plus, la clause de conscience devient quasiment impossible à exercer pour un certain nombre d’entre eux. Ils défileront en tête de cortège à la Marche pour la Vie pour montrer qu’ils sont là, qu’il faut cesser de les manipuler « comme des pantins » et cesser de les rendre complices et acteurs de cette culture de mort. Ils défileront en blouse blanche pour montrer qu’ils sont un certain nombre à « se lever professionnellement » pour faire reculer la culture de mort et qu’ils sont bien décidés à ne plus se taire. Leur présence est importante ; regardez en Italie, 70 % des gynécologues refusent aujourd’hui de pratiquer des avortements. Leur rôle est primordial pour faire reculer cette culture de mort.

Propos recueillis par Marie de l’Isle

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