Nos mains ne tueront pas : Médecins et soignants face à la sédation profonde

Près d'une année de pratique de la sédation profonde semble déjà confirmer le potentiel euthanasique de cette mesure, en l'absence de jugement éclairé. L'antenne d'écoute et d'accompagnement des professionnels de santé de l'association Choisir la Vie a organisé son premier WE de formation sur ce thème. Elle n'est applicable que depuis le 3 aout 2016, dans le cadre de la loi sur la fin de vie (Claeys-Léonetti), et déjà son usage pose de nombreuses interrogations et cas de conscience. La sédation profonde a alimenté formations et échanges, les 27 et 28 mai dernier, dans le cadre de la nouvelle cellule dédiée à l'écoute et à la formation des professionnels de santé : Médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens mais aussi aumôniers… une quinzaine de participants au total, pour cette première session de l'antenne "Nos mains ne tueront pas", créée sous l'égide de l'association Choisir la Vie. Un nom évocateur alors que des hommes et femmes de terrain déplorent déjà une dérive euthanasique de la sédation. "De nombreux témoignages concordent et font état d'une extension de cette pratique, en gériatrie, en cancérologie et parfois en soins palliatifs. Les sédations sont posées, sans mauvaise intention exprimée, mais en l'absence de questionnements profonds. Un abandon du discernement qui pousse ces professionnels à échanger, réfléchir et chercher des solutions concrètes", explique Odile Guinnepain, infirmière en soins palliatifs et responsable de l'antenne. La mort passive, comateuse et parfois accélérée des personnes en fin de vie peut-elle se généraliser ? Pas d'objection de conscience possible La situation est d'autant plus complexe pour les professionnels que l'objection de conscience ne s'applique, en droit Français, qu'à trois cas particuliers (IVG, stérilisation et manipulations embryonnaires). Selon maître Jean Paillot, membre de l'association pour la liberté de conscience en France, seul l'article 16 du Code Civil peut être invoqué (primauté de la personne et interdit de toute atteinte à sa dignité). Mais encore faut-il l'argumenter ! Sans solution pratique ni juridique évidente, les participants à cette formation, guidés par Monseigneur Aupetit, médecin de formation et Evêque de Nanterre, ont adopté une autre posture. "L'objection de conscience n'est pas d'abord un droit, mais un devoir", a encouragé le pasteur. Priorité à l'action donc, en évitant l'écueil du "sentimentalisme", contrebalancé par l'alliance de la réflexion, de la volonté et de la raison, selon les propos de Laurence Leménager, enseignante en philosophie. Troisième piste évoquée par Hugues de Saint Vincent, chef d'entreprise : celle du leadership selon la méthode Havard " Ayons du tempérament, développons les vertus cardinales, soyons leaders là où nous sommes, soyons de ceux qui définissent les méthodes palliatives, qui guident et entraînent les équipes", résume Odile Guinnepain, responsable de la formation. Face à la fin de vie : se poser les bonnes questions L'infirmière en unité de soins palliatifs au sein d'un Ehpad a, elle aussi, donné des pistes concrètes pour l'action. "Au sein de notre structure, dans l'Indre, 95 personnes sont mortes les six dernières années. Nous n'avons eu besoin de sédater personne et avons toujours trouvé les solutions. Il faut se poser les bonnes questions, et notamment celle de la souffrance spirituelle au moment de la fin de vie, généralement évacuée".

Le corps médical est souvent désarmé face aux réalités intérieures, de plus en plus méconnues, qui se manifestent à travers des symptômes et comportements physiques identifiables. Il semble urgent de réintroduire ces notions, pour éviter de régler de manière plus ou moins expéditive ce qu'on ne parvient plus à comprendre.

Tags: