Nouvelle antenne d'écoute de CLV, "Ma fille est enceinte". Interview d'Anne-Charlotte Taudière dans Présent

L’association Choisir la Vie vient de se doter d’une nouvelle antenne d’écoute. « Ma fille est enceinte» a pour but de répondre spécifiquement à l’angoisse de parents qui découvrent que leur adolescente va devenir mère. Rencontre avec Anne-Charlotte Taudière, à l’origine de ce projet.

— Pourquoi avoir lancé cette nouvelle antenne ? L’autre, SOS femmes enceintes, ne suffisait donc pas ?

— Cette antenne est née d’un constat que nous avons fait lors de notre assemblée générale, en mars de l’année dernière. Nous avions eu plusieurs appels et avions suivi le dossier d’adolescentes enceintes, dans lesquels les parents forçaient leur fille à avorter. Nous nous sommes dit qu’il n’y avait rien pour eux, alors qu’ils sont forcément inquiets, voire apeurés par cette nouvelle inattendue. Les écoutantes d’IVG. net, avec qui nous travaillons main dans la main, rencontraient pas mal de cas de ce genre. Il fallait donc qu’une écoute soit proposée aux parents. Lorsqu’une adolescente veut garder son enfant, c’est une violence absolument terrible que de la forcer à avorter. En outre, si cette adolescente a un désir d’enfant, elle redeviendra enceinte. Aujourd’hui, on évalue à environ 20 000 le nombre de grossesses adolescentes par an. Les deux tiers se terminent par un avortement.

— Comment s’explique cette réaction terrible des parents ?

— Ils prennent peur : avoir un enfant aussi jeune, ça ne se fait pas. Faire avorter leur fille est une solution de facilité. Un moyen de cacher le problème. Cette décision, même si elle est terrible, part le plus souvent d’un bon sentiment. Ces parents veulent le meilleur pour leur fille et sont persuadés que sa vie est fichue si elle décide de garder cet enfant.

— Quelles sont les répercussions lorsqu’une adolescente garde son bébé contre l’avis de sa famille?

— La situation est beaucoup plus difficile pour elle. Une étude sociologique a démontré que l’avenir de la future mère ne dépend pas tellement de l’âge auquel elle devient enceinte mais de l’implication de ses parents. Ils seront une grande aide pour qu’elle ne se coupe pas de sa vie d’avant. Par ailleurs, des études montrent que, si une grossesse adolescente peut être un « accident », elle résulte parfois d’un vrai désir d’enfant. Désir qui peut venir combler un manque affectif. Cette grossesse imprévue peutêtre l’occasion pour les parents de renouer un lien avec leur fille.

— Quels conseils donnez-vous aux parents qui vous appellent ?

— Je leur explique que leur attitude est fondamentale pour l’avenir de leur fille. Qu’elle peut très bien vivre cette grossesse s’ils la soutiennent, et pourra même continuer ses études : il y a des choses prévues pour cela. Un établissement scolaire n’a pas le droit de refuser une jeune fille enceinte. Il existe beaucoup de choses pour leur venir en aide. A contrario, forcer leur fille à avorter est mortifère. Nous avons le témoignage d’adolescentes que l’on a forcé à avorter et qui n’arrivent pas à s’en remettre.

 

Propos recueillis par Anne Isabeth dans Présent, mercredi 14 février 2018

 

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