Pourquoi sommes-nous encore là 30 ans plus tard ? Pourquoi marchons-nous ?

Le 17 janvier 1988, l'AOCPA, devenue Choisir la Vie aujourd'hui, rassemblait plusieurs milliers de personnes pour protester contre l'avortement légal. Au comité de parrainage de cette marche figuraient notamment Jean Guitton, Michel Mohrt, Eugène Ionesco, Alfred Sauvy, Jeanne Bourin, Si Hamza Boubakeur et les pères Guy Gilbert et Joseph Wresinski.

Ce 22 janvier, presque trente ans plus tard, la Marche pour la vie a rassemblé pas moins de 50 000 marcheurs. Des manifestants ? Non, pas seulement, des témoins également.

Alors, de quoi témoignons-nous ? Des ponts à bâtir pour que la vie reste une réalité qu'il n'appartient à personne de transformer selon ses vues.

Personne ne devrait avoir à choisir de "garder" son enfant, ou de le faire "disparaître". Leur corps appartient aux femmes, et nous marchons pour dire à tous, justement, que le corps de toute personne humaine, a le droit de disposer de sa vie. Le corps des femmes porte en lui un autre corps, qui lui aussi, a des droits. L'embryon doit être considéré comme un être humain à part entière, ce qu'il est, en dépit de sa fragilité, ou de sa différence, de l'histoire dont il est déjà l'héritier.

Il y a quarante ans, Françoise Dolto révolutionnait la conception de l'enfant, en le déclarant être "une personne", à une époque où certains médecins doutaient même de leur capacité à ressentir de la souffrance, où leurs maux psychologiques étaient ignorés. Grâce à Françoise Dolto, l'enfant est devenu un "interlocuteur valable".

L'embryon, lui, n'a pas de moyen d'expression. Il existe en silence. Mais on communique déjà avec lui ... Nous sommes donc là pour le représenter, et aussi pour représenter toutes les mamans qui se sont vues jeter dehors, maltraitées, ignorées, traitées de "débiles", parce qu'elles avaient fait le choix de garder un enfant en dépit de conditions précaires, d'une séparation, d'études scolaires, ou d'un moment inadéquat ... Alors nous ne sommes pas là pour faire passer un message obscur, nous n'espérons pas recevoir la bénédiction médiatique, nous ne cherchons pas à camoufler nos propres différences, nos origines, notre foi.

Quand nous marchons, nous ne sommes plus qu'un visage : celui qui s'ouvre pour proposer, envers et contre tous, de choisir la vie. Et nous ne nous contentons pas de marcher une fois par an, nous nous engageons au quotidien, pour écouter toutes les personnes qui ne trouvent personne à qui se confier, pour être un petit relais, à des moments où l'entourage s'efface, ou pire, fait pression. Parce que Choisir la vie, c'est une décision, un libre choix, mais le début d'une aventure rendue périlleuse par des années de loi Veil, qui ne propose plus qu'une seule alternative, et n'en admet pas d'autres. Choisir autre chose que l'IVG, dans un contexte bancal, est perçu comme un échec. Nous marchons et nous marcherons pour dire qu'il n'y a là, pas d'échec, qu'il y a certes une aventure, mais qu'il y a surtout ici l'Espérance d'une vie à vivre, avec toute la somme de joies et de peines qu'elle recèle !

Après avoir fondé, avec d'autres associations, la Marche pour la Vie de janvier, Choisir la Vie a entrepris d'offrir plusieurs espaces d'accueil : matériel, hospitalier (par la création de foyers d'accueil), et téléphonique, permettant entre autres, l'anonymat des personnes en difficulté. Sans l'action, il ne peut y avoir d'expression de nos convictions. Plus encore aujourd'hui, où les embryons sont triés, utilisés, jetés, éliminés, nous devons bâtir des ponts, entre nous et le monde. Nous devons inventer les moyens qui permettront qu'un jour, le monde reconnaîtra les enfants à naître comme dignes des mêmes droits que toute personne déjà née, comme des interlocuteurs valables, qui n'auront plus besoin que nous soyons leur voix ... Ces moyens sont mis à notre disposition dans la vie de tous les jours. Il suffit de s'ouvrir ... et pour cela, pas besoin de se changer, pas besoin d'être particulièrement beau, belle ou brillant. Choisir la Vie propose d'être simplement un cœur à l'écoute, au nom d'un autre cœur qui bat, et qui mérite de continuer à battre.

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