Problématiques éthiques liées à la sédation terminale

Retour sur la session de formation pour les professionnels de santé sur les problématiques éthiques de la sédation terminale et sur les soins palliatifs les 9 et 10 février 2019

Lieu : Chez les Coopératrices Paroissiales du Christ Roi à Chabeuil (26)

 

Les 9 et 10 février, l'antenne découte « Nos mains ne tueront pas », a organisé une formation sur les soins palliatifs et les abus de sédations plus terminales que palliatives chez les patients en fin de vie.

Cette session, à l'initiative de la communauté des Soeur Coopératrices Paroissiales du Christ Roi (à Chabeuil-26) s'est adressée à des professionnels de santé (médecinsinternes, infirmiers, kinésithérapeute) mais aussi à des bénévoles d'aumôneries ou d'accompagnements en soins palliatifs, de même qu'aux frères, pères et sœurs de la communauté. 

Au gré des enseignements, nous avons réalisé que  chacun, dans  ses missions et engagements, était  concerné par cette problématique, objet de récentes alertes médiatiques.

 

Un premier temps de réflexion fut mené sur la question de la dignité humaine et du regard que l'on porte sur la personne fragilisée dans sa fin de vie ; puis nous avons abordé la question de l'affect et de la tentation d'une sensibilité non raisonnée comme source de décisions thérapeutiques inadaptées pour les malades en fin de vie. Enfin, éclairés par l'enseignement de St Thomas d'Acquin, nous avons régfléchi à l'intention de nos actes. Cette réalité de l'intention est à la source de bien des réflexions et choix thérapeutiques en fin de vie. Eneffet, si elle n'est pas ordonnée au « vrai »bien d'autrui, elle nous entraîne vers l'application d'actes mortifères. « J'appelle bon ce que je désire au lieu de désirer ce qui est objectivement bon ».

 

La seconde partie de la session fut orientée sur la connaissance spécifique des symptômes de fin de vie puis, nous avons abordé les problématiques de sédations en phase terminale  avec un éclairage sur le dispositif Claeys/Léonetti, qui justement, à ce sujet, n'est pas clair.

Il fut édifiant d'éclairer nos pratiques sur l'usage  parfois « rapide » voire certainement abusif des sédatifs dès qu'un patient présente une souffrance que nous avons du mal à évaluer ou face à laquelle nous n'avons plus le réflexe de nous questionner. 

 

Les professionnels de santé présents ont apprécié cette réflexion, ne réalisant pas suffisamment que, dans leur pratique, ils se posaient peu de questions sur les souffrances de fin de vie. En conséquence, lorsqu'ils sont « dépassés » par l'expression d'une souffrance dont ils ne cherchent pas réellement ou ne trouvent pas la source, ils ont tendance à appliquer des sédations entraînant une perte de conscience bien souvent mortelle pour le patient. 

Nous avons invité les participants à toujours chercher la source de l'expression d'une souffrance chez un patient en soins palliatifs, l'observant dans toutes les dimensions de sa personne. Bien souvent, l'expression des souffrances n'est pas la conséquence de douleurs physiques majeures, elle est la manifestation d'une souffrance intérieure inexprimable autrement. 

Alors cherchons ; tant de raison peuvent expliquer des gémissements, une agitation, voire des douleurs chez un patient aux portes de la mort: ces raisons, ce sont par exemple : l'angoisse de laisser ses enfants et l'angoisse de leur avenir qui devra être rassuré, c'est le poids d'un avortement sur la conscience, ou aussi le poids de discordes familiales, de séparations aux conséquences graves dans les familles, c'est en soi, la peur de mourir, de traverser des souffrances physiques majorées. Et puis c'est le temps nécessaire pour laisser l'Oeuvre de Dieu se faire dans le coeur de celui qui s'éteint etc etc... Tant de raisons de prendre le temps d'accompagner celui qui s'achemine vers la mort ; tant de morts « volées » par des sédation trop rapidement posées « pour ne pas qu'il souffre ». Voilà ce sur quoi nous avons réfléchi au cours de ce week-end.

 

Enfin, la dernière partie fut très pragmatique et a permis d'aborder de manière très concrète les soins à donner afin d'éviter ou de soulager des symptômes (escarres, xérostomie etc.…) de fin de vie. Et puis, nous avons invité les professionnels à se faire « organisateurs » de la culture palliative respectueuse de la vie au sein de leurs structures : C'est un combat qu'il faut mener pour ne pas laisser des inititatives anti-vie prendre  la place.

Nous sommes repartis un peu mieux armés sur un plan humain et technique et revigorés spirituellement, ce qui fut une belle grâce.

 

 

Odile Guinnepain, IDE, responsable de l'antenne « Nos mains ne tueront pas » de Choisir la Vie

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