Retour sur le séminaire : prévenir l'avortement en Europe

Séminaire : Prévenir l’avortement en Europe

 
Le 22 juin 2017, l’ECLJ (European Center for Justice and Law) organisait à Bruxelles, conjointement avec la COMECE (Commission des Episcopats de la Communauté Européenne), un séminaire sur le thème : Prévenir l’avortement en Europe - cadre légal et politiques sociales.
 
Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ, était entouré d’une douzaine d’intervenants de haut niveau parmi lesquels Javier Borrego, ancien juge à la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), Claire de la Hougue, avocate, Vladimir Gjorcev , député de Macédoine ou Assuntina Moresssi, membre du Comité National d’Ethique Italien.
 
Devant une soixantaine de participants venus de tout l’Europe, les experts ont dans un premier temps présenté le cadre légal dans lequel s’inscrit l’avortement dans les pays de la Communauté.
 
Dans un second temps, les politiques sociales et bonnes pratiques appliquées dans certains pays ont été exposées afin de tirer les grandes lignes de ce que pourrait être une véritable politique de prévention de l’avortement en Europe.

Séminaire sur la prévention de l’avortement en Europe : ce qu’il faut retenir

Environ 4 millions de femmes avortent chaque année en Europe, soit un quart des naissances. 75% des femmes disent avorter à cause de contraintes, qu’elles soient économiques, sociales ou familiales.
 
Ainsi, la cause majeure de l’avortement n’est pas la grossesse en elle-même mais le contexte dans lequel celle-ci survient. Dans d’autres circonstances, la même personne n’aurait généralement pas avorté. La société est donc en partie responsable du nombre d’avortements qui ont lieu en Europe.
 
Dès lors, on peut considérer que l’avortement est un problème social majeur de santé publique.
 
Pourtant, dans de nombreux traités, les états membres de l’Union Européenne ont pris des positions en faveur de la défense de la famille, des femmes et des enfants. Ils se sont notamment engagés à « prendre des mesures appropriées pour aider les femmes à éviter l’avortement ».
 
Les politiques de prévention couramment mises en place portent sur deux axes : l’éducation sexuelle précoce et la contraception.
 
Dans les faits, on observe que les pays qui ont mis en place de telles politiques ne voient pas leur nombre d’avortements diminuer.
 
Bien au contraire, des pays où les cours d’éducation sexuelle sont dispensés à l’école et où le taux de recours à la contraception sont parmi les plus élevés (France et Grande Bretagne) sont ceux où l’on enregistre les taux d’avortement parmi les plus importants. C’est le paradoxe de la « mentalité contraceptive » : en France, en 2016, 72% des femmes qui ont avorté utilisaient une contraception.
 
A l’inverse, des pays comme l’Italie où les enfants ne reçoivent pas de cours d’éducation sexuelle à l’école et où le recours à la contraception est le plus bas d’Europe sont ceux qui connaissent les plus faibles taux de recours à l’avortement.
 
Il semble bien que ce soient plutôt l’importance donnée à la famille et au mariage, aux unions stables et au caractère précieux de toute vie humaine qui offrent le contexte le plus protecteur face à l’accueil d’une grossesse imprévue.

Prévention de l’avortement : les bonnes pratiques

La prévention passe également par une meilleure éducation affective et physiologique. Cette éducation ne séparerait pas la vie sexuelle des notions de fécondité et d’affectivité. Une information sur ce qu’est véritablement un avortement serait également protectrice.
 
En Macédoine, par exemple, le taux d’avortement, précédemment très élevé, a diminué lorsque les députés ont fait voter une loi organisant un parcours d’information complète envers les femmes désireuses d’avorter. 
Elles doivent désormais rencontrer un médecin qui leur montre une échographie de leur bébé, avec laquelle elles repartirent. Après un temps de réflexion, elles rencontreront également un psychologue qui devra s’assurer que leur décision n’est pas motivée par des pressions psychologiques, puis un assistant social qui veillera à ce que leur contexte économique et social ne soit pas un frein à l’accueil de la vie.
 
En Italie, le fait que les avortements ne puissent être pratiqués qu’en institutions publiques permet d’éviter que cet acte ne devienne lucratif. Les femmes doivent également y rencontrer un médecin qui leur expliquera en détail ce qu’est un avortement et, le cas échéant, leur délivrera une « autorisation » d’avorter en hôpital public. Toute la loi et la procédure qui mène à l’avortement sont clairement orientées vers la protection de la vie. L’avortement y est considéré comme « la dernière solution » qu’il conviendra de tout faire pour éviter, y compris en cas d’handicap suspecté du bébé.
Par ailleurs, 70% des gynécologues mettent en avant leur objection de conscience pour refuser de pratiquer un avortement. Ceci est un droit pour tout personnel de santé en Europe (sauf en Suède) qui ne peut être contraint à pratiquer un acte contraire à sa conscience.
 
Enfin, en Italie toujours, des militants pro-vie peuvent rencontrer des femmes désireuses d’avorter, dans le but de les aider à trouver d’autres solutions.
Cette forte liberté d’expression, menacée notamment en France, est une condition essentielle à toute politique efficace de prévention de l’avortement.

Prévenir l’avortement : un devoir d’état

Pour conclure, on peut légitimement se fonder sur les droits de l’homme pour réclamer en Europe la mise en place d’une politique efficace de  prévention de l’avortement car dès qu’un couple avorte pour un motif économique ou social, ce sont ses droits économiques et sociaux qui sont violés.
 
Les ingrédients d’une telle politique de prévention, pour qu’elle soit efficace, devra passer par des mesures qui ont fait leurs preuves dans certains pays qui ont réussi à faire baisser leur nombre d’avortements : liberté d’expression, information claire, loyale et complète auprès des parents, délai de réflexion, éducation à l’affectivité et à la physiologie, respect de la conscience des personnels de santé, démarchandisation du marché de l’IVG et de l’IMG.

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