TEMOIGNAGE SUR L'AVORTEMENT

Des enfants non-nés confiés à la miséricorde divine

 Choisir la Vie a reçu le témoignage poignant d’une jeune femme ayant avorté deux fois, que nous partageons avec vous:

Après deux avortements à l’âge de 18 et 19 ans, à cause des discours de la société sur les jeunes filles enceintes : on raconte que si elles gardent leur enfant, leur vie est fichue, qu’elles ne pourront jamais faire d’études, qu’elles auront toute leur vie des boulots mal payés, qu’elles resteront pour toujours des filles-mères honteuses, ayant fait un mauvais choix, et incapables de toute façon de bien élever leur enfant, qui sera forcément bête et tyrannique. J’étais terrorisée à l’idée de garder ces bébés, même si, au fond de moi, je les aimais.

J’étais très triste lors du premier avortement; lors du deuxième, mon cœur était comme mort. Mais je me rappelle avoir eu, comme lors du premier, très peur et très mal, avoir été perdue et bouleversée! Je sais que si l’avortement n’avait pas été légal, présenté comme banal et même souhaitable, encouragé par la société, je n’y aurais jamais eu recours, je n’aurais jamais pensé à faire une telle chose: j’aurais tout simplement accepté mon enfant, et je sais que c’était aussi le désir profond de mon cœur…

Si quelqu’un, quand j’avais 18 ans, m’avait dit : ce n’est pas bien; c’est un bébé, ne le tue pas, il te rendra heureuse, car il t’aime et que tu l’aimes ; je crois que je l’aurais écouté. Mais, autour de moi, même les gens qui n’étaient pas favorables à l’avortement hésitaient et avaient peur!  Presque personne n’ose s’opposer à l’avortement. Le discours actuel de la société terrorise tout le monde : les jeunes femmes enceintes, et les gens qui voudraient les aider à ne pas avorter. Même en ayant la tête emplie d’idées favorables à l’avortement, j’ai été choquée par l’accueil que j’ai reçu au Planning familial. À aucun moment, il n’a été question de l’enfant, l’idée de le garder n’a jamais été abordée. L’essentiel du propos était de dire du mal des hommes. Je ne voulais pas retourner au Planning familial. Au fond de moi, mon cœur réagissait comme un cœur de mère. Mais, dans le brouhaha et l’incertitude, je n’ai pas su l’écouter. Après le premier avortement, je suis tombée en dépression et suis devenue une « alcoolique festive » : je sortais beaucoup, buvais trop et faisais des crises violentes après avoir bu : soit des crises de larmes, soit des crises de rage. J’étais malheureuse, agressive, cynique, et incapable de poursuivre normalement mes études. J’avais avorté parce que l’on me promettait que c’était le moyen le plus sûr de réussir ma vie ; mais après l’avortement, ma vie est devenue un désastre ; j’étais incapable de vivre. Au fond de moi, un désespoir hurlait. Pendant des années, j’ai rêvé qu’on me confiait un bébé à garder et, à chaque fois, je le perdais et il mourait. J’étais dévorée par une culpabilité d’autant plus terrible que je ne comprenais pas à quoi elle était due : il m’a fallu des années pour assumer les avortements, pleurer, demander pardon à mes enfants, leur dire que je les aime malgré mes erreurs, et retrouver la paix.

À 20 ans, j’ai commencé à faire des retraites dans des monastères. Ce n’était pas la religion catholique qui m’intéressait : c’était la paix et le silence. Quelque chose dans mon cœur me disait que j’y trouverais la paix, le silence, la vérité dont j’avais besoin. Lors d’une retraite, alors que j’avais 22 ans, un moine m’a fait un petit exorcisme (celui de Léon XIII). L’année qui a suivi fut meilleure que les précédentes.

A l’âge de 26 ans, j’ai reçu le baptême. Le prêtre qui m’a baptisée a accepté que nous fassions un baptême de désir pour les deux enfants que je n’avais pas mis au monde.1 Je leur ai choisi de saints parrains au ciel, nous avons fait le baptême et je les ai confiés à la Vierge Marie. Cela m’a fait beaucoup de bien, plus tard, en leur parlant, en pensant à eux, j’ai senti qu’ils se détachaient de moi, en quelque sorte, ou que je me détachais d’eux… Peut-être que le baptême avait permis de rompre ce cordon ombilical qui n’avait jamais pu être coupé, symboliquement ou spirituellement… Qui avait seulement « disparu » dans une mort niée.  Je suis très heureuse de songer que Marie est leur Maman au Ciel. Ils trouvent en elle toute la tendresse dont peut rêver un cœur humain. Je ne sais pas si avant leur baptême ils étaient déjà au Ciel, dans des limbes ou ailleurs, mais je suis heureuse de penser à eux dans cette lumière radieuse du Ciel, désormais… En les baptisant, je suis vraiment devenue leur mère et eux, sont vraiment devenus mes enfants! Un lien spirituel fort et confiant s’est établi entre nous. Nous ne sommes pas seulement une mère et des enfants par la chair, blessés et séparés ; nous sommes une mère et ses enfants par l’amour et par la grâce. En les baptisant, je les ai « choisis » pour enfants, j’ai accepté le choix de Dieu qui les avait conçus dans mon corps, je les ai pleinement adoptés et reconnus.  Maintenant, même si je ressens de la peine et du regret de ce que j’ai fait, je crois que mes deux premiers enfants sont au Ciel, avec Jésus et la Vierge Marie, qu’ils sont heureux et qu’ils prient pour nous qui restons ici-bas. Je les aime, et je crois qu’ils m’aiment. Je sais qu’ils voient leur petit frère né en 2017, qu’ils l’aiment et prient pour lui. Tout cela m’apporte de la joie et de la paix. Je suis tombée enceinte une troisième fois, dans des circonstances difficiles ; beaucoup de gens autour de moi ont posé la question de l’avortement ; mais cette fois-ci, j’avais confiance en Dieu, malgré toutes les difficultés. J’ai gardé mon enfant, et il est ma plus grande joie. Lui aussi est baptisé, mais sur la terre! Je sais qu’avec sa fratrie au Ciel, nous sommes une famille, que nous nous aimons et sommes chacun heureux à notre manière – eux, dans la béatitude céleste et nous, au milieu des épreuves de la terre - et je remercie Dieu d’avoir envoyé sa grâce pour guérir les cœurs. Lors de ma troisième grossesse, j’avais repris des études. Mais cette fois-ci, je n’ai pas eu de problème pour les finir ; contrairement à ce qui s’était passé les fois où j’avais avorté. J’ai réussi mes examens pendant la grossesse et après l’accouchement ; j’ai trouvé des gens pour garder le bébé, puis il a obtenu une place en crèche, et je suis en train de terminer un stage pour valider mon diplôme. On m’avait dit que les enfants étaient un obstacle, un problème ; j’ai découvert que, même dans les situations les plus difficiles, c’est tout l’inverse : les enfants sont un grand bonheur, et une aide pour réussir notre vie.

Une maman

 

1 NDLR : Le Baptême est un sacrement des vivants et non des morts. « Quant aux enfants morts sans Baptême, l’Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu » et nous laisse « espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans Baptême. » (Catéchisme de l’Église catholique § 1261). Se confesser, donner un prénom à l’enfant non né et faire célébrer des messes pour lui sont les moyens habituels pour permettre aux parents de retrouver la paix. Voir le livret du Fr. Christian de la Vierge, « L’avortement vu par un prêtre exorciste », en vente sur notre site.

Tags: